Académie des Sciences, Lettres et Arts d'Alsace
Académie des Sciences,Lettres et Arts d'Alsace

Sur les modèles universitaires en Europe et leur héritage en Alsace

Le modèle de l'Université médiévale avec l'enseignement scolastique était, pour l'essentiel, influent en Europe jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, quand la Révolution française a bouleversé  l'Europe. Assujetti à l'Eglise catholique jusqu'au XVe siècle, le modèle scolastique s'ouvrait progressivement au mouvement émancipateur de l'humanisme et au mouvement "sécularisant" des Lumières tout en subissant les secousses des conflits religieux de la Réforme. Parmi les 4 facultés traditionnelles – les 3 facultés professionnelles (droit, médecine, théologie) et la Facultas Artia – c'est la faculté des arts qui était la variable d'ajustement à l'esprit culturel du moment pour devenir finalement la faculté de philosophie incluant notamment la "philosophie de la nature" à l'orée de la modernité scientifique. Mais lors de toutes ces évolutions culturelles et changements de paradigme, l'Université a su préserver les principes traditionnels de libertas philosophandi et d'autonomie face aux puissances publiques en place. Celles-ci se sont plutôt tournées vers des institutions parallèles pour répondre à leurs besoins immédiats ; ainsi le Collège de France pour François Ier, les Académies pour le Roi-soleil et pour les Despotes éclairés en Prusse et en Russie.

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René Voltz

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L'Affaire Dreyfus

La victoire de la vérité sur la Raison d’État et le mensonge. Le monument érigé à Mulhouse à l’occasion du cent-dixième anniversaire de la réhabilitation du capitaine Dreyfus par la Cour de cassation.

 

Jacques Streith

Désirant ancrer la mémoire d’Alfred Dreyfus dans sa ville natale, le Magistrat,

plusieurs citoyens et divers organismes de la ville de Mulhouse ont décidé d’organiser au cours de l’année 2016 une série de célébrations sur le thème « 2016 Année Dreyfus à Mulhouse » et comme projet phare une statue sculptée intitulée « Monument du Capitaine Dreyfus réhabilité ». Ce monument en granite rappelle en effet la réhabilitation du capitaine Dreyfus - après la révision définitive, mais seulement sept années après son second procès qui s’était déroulé en 1899 à Rennes - selon l’arrêt sans renvoi du 12 juillet 1906 à Paris par la Cour de cassation.

 

On sait que l’« Affaire Dreyfus » était un important conflit social et politique de la 3ème République, survenu à la fin du XIXe siècle autour de l’accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus, un officier français originaire d’Alsace et de confession juive. Après quatre années passées au bagne et au terme de longues années de rebondissements judiciaires, dans un pays agité par l’opposition entre dreyfusards et antidreyfusards, le capitaine sera in fine totalement innocenté et définitivement réhabilité par un arrêt sans renvoi de la Cour de cassation … mais seulement douze ans après la tenue de son premier procès !

 

L’« Affaire Dreyfus », devenue affaire d’Etat, caractérise l’antisémitisme sous la 3ème République qui chez les antidreyfusards se doublait d’un patriotisme épidermique et d’un nationalisme dévoyé.

 

Rappelons les faits : à la fin de l'année 1894, le capitaine de l'armée française Alfred Dreyfus, polytechnicien et juif d'origine alsacienne, est accusé d'avoir livré aux Allemands des documents secrets intitulés « le bordereau ». Le 22 novembre 1894, le Conseil de guerre de Paris le condamne à la dégradation et à la déportation perpétuelle pour trahison. Il est transféré au bagne sur l’île du Diable en Guyane française où il est isolé dans une cabane gardée par 13 gardiens et 3 chiens ! Confiantes dans la justice de leur pays, l'opinion et la classe politique françaises sont majoritairement défavorables à Dreyfus qui sera détenu dans le bagne de Cayenne d'avril 1895 à juin 1899 dans des conditions sanitaires déplorables [1].

 

Certaine de l'incohérence de cette condamnation, la famille du capitaine s’efforce pendant de longues années de prouver son innocence et engage à cette fin le journaliste Bernard Lazare. Le rôle de son frère Mathieu et de son épouse Lucie sera déterminant et vital, au sens propre du terme, pour sa survie et sa réhabilitation. Comme l’écrit Elisabeth Weissman, « Grâce à ses nombreuses lettres, Lucie somme son mari de vivre et le tient au fil de sa plume. Sans elle, il serait sans doute mort trop tôt, avant que Zola et les intellectuels aient pu faire triompher la justice » [2].

 

Parallèlement aux actions de Lucie et de Mathieu, le colonel Georges Picquart, nouveau chef du contre-espionnage militaire français depuis 1895, constate en mars 1896 que le vrai traître est le commandant de l’armée française Ferdinant Walsin Esterhazy. En effet, Picquart prend connaissance des relations entre l’attaché militaire allemand von Schwartzkoppen et Esterhazy par un papier appelé le « petit bleu » ; surpris, il vérifie les documents écrits par Esterhazy et constate qu’ils présentent la même écriture que le « bordereau » qui avait été le principal élément à charge contre Dreyfus. Picquart sera le premier à révéler à sa hiérarchie les indices accusant le commandant Esterhazy, mais les généraux de l’Etat-major refusent de revenir sur la chose jugée. Ils écartent Picquart et l’affectent en Afrique du Nord en lui enjoignant de ne pas diffuser ses conclusions.

 

Afin d'attirer l'attention sur la fragilité des preuves contre Dreyfus, sa famille décidait de son côté de contacter en juillet 1897 Auguste Scheurer-Kestner, le respecté vice-président du Sénat. Celui-ci fait savoir, trois mois plus tard, qu'il avait acquis la conviction de l'innocence de Dreyfus et en persuada Georges Clémenceau, un ancien député et à cette époque encore simple journaliste.

 

En 1898, la famille Dreyfus demande la révision du jugement et, le 29 octobre 1898, la Chambre criminelle de la Cour de cassation déclare recevable cette demande en révision et casse le jugement du 22 novembre 1894. C’est grâce à Louis Loew et à la Chambre criminelle que dans un arrêt extrêmement bien motivé, la Cour de cassation avait rendu recevable cette première demande en révision [3].

 

La chambre des députés s’immisce alors dans le processus judiciaire aux fins de dessaisissement de la Chambre criminelle. Par la loi du 1er mars 1899 la Chambre criminelle est effectivement dessaisie au profit de la Cour de Cassation, toutes chambres réunies. Le 3 juin 1899 tombe l’arrêt de la Cour de cassation toutes chambres réunies qui confirme l’arrêt de la Chambre criminelle du 29 octobre 1998 ; elle annule le jugement du Conseil de guerre du 22 novembre 1894 et renvoie devant le Conseil de guerre de Rennes |3].

 

Parallèlement à ces divers processus judiciaires, le « bordereau » est publié dans la presse et permet à un officier de l'entourage d'Esterhazy de reconnaître l'écriture de ce dernier. Informé de ces nouvelles révélations, Picquart décide alors de communiquer au sénateur Scheurer-Kestner les preuves dont il dispose. Du coup, l’Etat-Major de l’Armée chasse Picquart de l'armée en 1898 et le fait emprisonner pendant près d'un an.

 

Dans la foulée, Mathieu Dreyfus porte officiellement plainte auprès du ministère de la Guerre contre Esterhazy. Le cercle des dreyfusards va en s’élargissant et deux événements quasi simultanés donnent une dimension nationale à l' « Affaire »:l

  • le 13 janvier 1898 Emile Zola publie dans la presse son fameux article « J'accuse... ! », un réquisitoire dreyfusard qui entraîne le ralliement de nombreux intellectuels. Un processus de scission de la France s’enclenche ; des émeutes antisémites éclatent dans plus de vingt villes françaises et en Algérie.
     
  • au cours du second procès du capitaine en août et septembre 1899 à Rennes, Dreyfus est à nouveau « jugé coupable avec circonstances atténuantes »… et ce malgré les preuves d’innocence. Après ce second procès, Dreyfus se décide à accepter la grâce présidentielle qui lui est accordée par le président Emile Loubet. Notons qu’Esterhazy s’était enfui de France et avait rejoint la Grande-Bretagne le 4 septembre 1898.

Le 26 novembre 1903, à la suite de faits nouveaux, une requête en révision est demandée à la Cour de cassation. Le 5 mars de la même année, cette dernière ordonne un supplément d’enquête.

 

Mais c'est seulement le 12 juillet 1906 que l’innocence de Dreyfus sera officiellement établie par un arrêt sans renvoi de la Cour de cassation toutes chambres réunies et alors présidée par Alexis Ballot-Beaupré. Ce dernier, s’appuyant uniquement sur des faits avérés et sur sa conscience personnelle, réussit, de concert avec ses collègues, à tenir tête aux assauts virulents et parfois diffamatoires des antidreyfusards et à dire la justice en toute rectitude.

 

Réhabilité, le capitaine Dreyfus est alors réintégré dans l'armée au grade de commandant et participera à la Première Guerre Mondiale.

 

Le Docteur Fernand Hessel, président du projet  « Monument du Capitaine Dreyfus », estime que l’histoire multiséculaire des communautés juives s’étire le long d’un fil rouge : « Des croisades, de l’Espagne d’Isabelle, des persécutions et des pogroms jusqu’à la Shoah, des dogmes religieux, de l’arbitraire, des « protocoles des sages de Sion » au « mein Kampf », de falsifications tragiques en boycotts, de l’antisémitisme à l’antisionisme, comment pourrions-nous ignorer une continuité historique ? » [4]. Fernand Hessel estime que le « Monument du capitaine Dreyfus réhabilité » est à considérer comme un mémorial de cette longue histoire des communautés juives, une histoire marquée de persécutions récurrentes.

Se plaçant toujours sur le long terme, Fernand Hessel estime par ailleurs que « L’Affaire ne doit pas être considérée comme spécifiquement et uniquement à connotation juive et antisémite, mais tout autant de nature universelle, un combat de l’homme pour l’homme, un combat républicain pour la justice [4]. Le « Monument du capitaine Dreyfus réhabilité » a donc aussi une signification pour toute l’humanité.

 

[1] L’Affaire Dreyfus, Wikipédia.

[2] Elisabeth Weissman « Lucie Dreyfus. La femme du capitaine », Ed. Textuel, 397 pages, 2015.

[3] Pierre See, « Louis Loew. Premier président honoraire de la Cour de Cassation. Président du tribunal de Mulhouse 1864-1871 », Annuaire Historique de Mulhouse 2015, p 41-49.

[4] Fernand Hessel, conférence prononcée au cours de l’inauguration du Monument du  Capitaine Dreyfus réhabilité, Mulhouse le 9 octobre 2016,  www.association-Monument-Dreyfus.fr

Développement de l’humanisme dans le Rhin Supérieur

Le Rhin Supérieur a toujours été un lieu de passage et de brassages des idées. Aux XVe et XVIe siècles, c'est le mouvement humaniste qui, né en Italie dès le XIVe siècle, s'est développé après la prise de Constantinople par les Turcs, et s'est rapidement répandu vers l'Europe du Nord. Bénéficiant de l'invention de l'imprimerie, les érudits prônent un retour aux sources antiques, paiënnes et chrétiennes, et diffusent leurs idées nouvelles en s'affranchissant des carcans de la scolastique médiévale. La vallée du Rhin est riche en témoignages de ce bouillonnement culturel grâce aux nombreux ouvrages de cette époque conservés dans les bibliothèques de la région, ouvrages le plus souvent rédigés en latin, qui est la langue des universités de toute l'Europe. Traductions et commentaires d'auteurs anciens ou traités originaux s'appuyant sur cette culture antique retrouvée et revisitée, les livres édités et imprimés par les humanistes font revivre pour nous cette époque passionnante de grands bouleversements et de grandes découvertes.

 

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L’humanisme en Europe

 

Les XVe et XVIe siècles voient se produire en Europe un certain nombre d’événements qui modifieront complètement la vie intellectuelle. Si l’on parle de RE-NAISSANCE, c’est parce que à bien des égards il s’agit d’une nouvelle naissance autant que d’un retour aux sources, aux fondements de la civilisation.

 

Il est vrai que la Renaissance a commencé en Italie bien avant le XVe siècle. Les intellectuels du XIVe siècle souhaitent s’affranchir de ce qu’ils considéraient comme un certain obscurantisme des « âges sombres » en retournant aux sources, c'est-à-dire à l’Antiquité, emblème pour eux de la Civilisation, même si les spécialistes modernes s’attachent à montrer que le Moyen-Age est loin d’être une époque d’inculture. On peut citer le cas de Pétrarque, dont la culture antique était très grande et qui a contribué à développer l’étude  des textes anciens, science nouvelle qu’on appelle « philologie ».

 

Ce mouvement s’est accentué lorsque Constantinople, la capitale de l’Empire Romain d’Orient, a été prise par les Turcs en 1453 et que de nombreux érudits grecs ont fui et afflué avec leurs manuscrits dans les cours et les cités libres italiennes (Florence, Rome, Venise) et de là ont voyagé à travers l’Europe tandis que les érudits de l’Europe toute entière venaient se ressourcer en Italie. 

 

Le deuxième grand événement, quasi contemporain du précédent, c’est l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Allemand de Mayence, il séjourne à Strasbourg quelques années (entre 1434 et 1444), et y fait sans doute de premiers essais avant de les appliquer, à son retour à Mayence, au best-seller de l’époque, la traduction latine de la Bible. C’est la fameuse « bible de Gutenberg » imprimée pour la première fois entre 1452 et 1454.

 

Les érudits se rendent compte très vite du formidable outil qui s’offre à eux pour permettre à un plus grand nombre de lecteurs d’accéder directement aux sources, et notamment aux sources antiques. Au lieu d’un manuscrit, copié à la main, exemplaire unique et fort cher, on a maintenant à disposition un ouvrage reproductible à des centaines, puis des milliers d’exemplaires. Une telle révolution dans la transmission des textes n’a sans doute d’égale que celle de l’informatique !

 

C’est dans ce contexte politique et technique que se développe le mouvement que l’on appelle HUMANISME, terme moderne qui apparaît seulement dans le vocabulaire de la critique littéraire du XIXe siècle. Cependant les érudits de la Renaissance utilisaient un mot latin classique proche, HUMANITAS, qui signifie « culture des belles lettres », « élégance morale », « politesse », bref toutes les qualités proprement « humaines ».  C’est donc, au début, un mouvement littéraire qui cherche à éditer, à expliquer, à imiter et même à surpasser les auteurs anciens, tels qu’Homère et Démosthène chez les grecs ou Virgile et Cicéron chez les Romains.

 

Dès la fin du XVe siècle les lettrés européens trouvent  beaucoup plus facilement les textes antiques dans lesquels ils veulent se « ressourcer », retrouver les racines de la civilisation européenne et y puiser de nouvelles inspirations.  De grands critiques littéraires naissent : on peut nommer, en Italie, Lorenzo Valla, chez les Français, Guillaume Budé et, pour les pays germanophones, Erasme de Rotterdam et Beatus Rhenanus.

 

Ce mouvement intellectuel atteint naturellement aussi les sphères religieuses puisque, depuis leur apparition au Moyen Age, les universités sont chrétiennes et la transmission du savoir passe par l’Eglise. Or l’enseignement universitaire s’est sclérosé, est devenu dogmatique et hostile à ce nouvel esprit critique. Or le retour aux sources et la critique des textes s’appliquent aussi aux documents fondamentaux de la religion. L’imprimerie permet désormais une lecture directe des textes saints et donc une interprétation personnelle, comme pour les textes antiques profanes.

 

Erasme édite par exemple pour la première fois en 1516 à Bâle un Nouveau Testament en grec, ce qui lui vaudra les foudres de la Sorbonne, la puissante branche de l’université de Paris, fondée au XIIIe siècle. Un imprimeur bâlois publie même une traduction latine du Coran en 1542.

 

L’appétit de savoir, le besoin d’idées nouvelles, le retour aux sources et la critique de celles-ci caractérisent ce mouvement qui n’a pas de frontières.

 

Le Rhin Supérieur entre Italie et Europe du Nord

 

Comme nous l’avons vu, c’est en Italie que se développent d’abord ce retour à l’Antiquité et la méthode critique vis-à-vis des textes, mais tous les pays européens sont atteints et les érudits voyagent comme les idées qu’ils véhiculent.

 

Prenons l’exemple d’Erasme qui, né à Rotterdam dans les années 1466-67, devient moine et prêtre dans son pays avant de venir en France dès 1493 ; il est à Paris de 1495 à 1499, en Angleterre où il fait plusieurs séjours entre 1499 et 1514, en Italie de 1506 à 1509, à Bâle de 1514 à 1516, à Louvain de 1517 à 1521, à Bâle à nouveau de 1521 à 1529, à Fribourg en Brisgau de 1529 à 1535, avant de revenir à Bâle où il meurt en 1536. Cet infatigable voyageur illustre à merveille le commerce des idées des Pays-Bas à l’Italie sur un axe nord-sud ou sud-nord, avec une poussée vers l’Ouest et Paris qui pour beaucoup d’humanistes fait partie du parcours.

 

Il faut remarquer que les étapes incontournables se trouvent sur la vallée du Rhin qui permet cette liaison de Bâle à Rotterdam à l’instar de ces péniches qui naviguent encore aujourd’hui. C’est bien la caractéristique du Rhin Supérieur d’être un lieu de passage et de brassage des idées dans cette région qui comprend le sud-ouest de l’Allemagne (l’actuel Bade-Wurtemberg), le nord de la Suisse et l’Alsace.  En effet, notre région en particulier a bénéficié de la communication facile avec l’Italie offerte par le Rhin et les cols alpins.

 

Actuellement sur trois pays et deux langues, le Rhin Supérieur à l’époque était sur deux pays, la Suisse et l’Allemagne, qui occupait les deux rives du Rhin, et la langue vernaculaire y était l’allemand, comme en témoignent les annotations manuscrites que l’on trouve parfois dans les livres de l’époque et les traductions de textes religieux et profanes.

 

La langue savante y est naturellement, comme dans toute l’Europe, le latin. C’est la langue que les écoliers apprennent à l’Ecole Latine dès leur plus jeune âge, comme à celles de Sélestat, d’  Haguenau, de Colmar, de Fribourg en Brisgau ou de Bâle ; c’est la langue internationale des universités, qui permet notamment au Hollandais Erasme d’aller continuer ses études à Paris et de devenir docteur de l’Université de Turin. Les échanges « Erasmus » modernes portent bien son nom, mais le latin n’y est malheureusement plus de rigueur !

Dans cet environnement privilégié, le bouillonnement intellectuel a laissé de nombreuses traces. La circulation des idées, même avant l’imprimerie, passait par les textes écrits à la main dont de rares exemplaires nous sont parvenus. A partir des XVe et XVIe siècles, ce sont les imprimés qui permettent une plus large diffusion de ces idées puisqu’ils sont reproduits à plusieurs centaines d’exemplaires, voire des milliers.

Cette carte montre que dès la fin du XVe siècle le Rhin Supérieur est riche en lieux d’impression de ce qu’on appelle des « incunables », mot qui vient du latin incunabula,  « berceau », « commencement », c'est-à-dire les ouvrages imprimés avant 1500.

 

Rien qu’en Alsace, on ne trouve pas moins de sept imprimeurs à Haguenau entre 1480 et 1560, près d’une vingtaine à Strasbourg qui se succèdent à la même époque,  deux à Sélestat et à Colmar, un à Mulhouse, trois à Fribourg, sans compter naturellement la quinzaine d’imprimeurs bâlois. Cela prouve l’intérêt intellectuel, voire commercial que la diffusion des livres pouvait avoir.

 

Beaucoup de ces documents précieux sont parvenus jusqu’à nous, conservés dans toutes les bibliothèques de la région et ces trésors sont des témoins passionnants.

 

En transmettant des textes d’auteurs grecs et latins au moment crucial de l’invention de l’imprimerie, les humanistes assurent la survie de ces auteurs anciens.

 

Quelques éditions dites « princeps » (1ère édition imprimée d’un ouvrage transmis jusque-là par manuscrits) ont été imprimées dans le Rhin Supérieur, d’autres y sont simplement conservées et ont servi de modèles pour des éditions rhénanes ultérieures.

 

Nous entrons grâce à ces ouvrages dans l’officine de l’imprimeur et dans le bureau de l’éditeur scientifique qui, parfois, en introduction, mentionne le modèle utilisé, manuscrit ou édition imprimée antérieure, les difficultés pour se le procurer, les modifications apportées etc.

 

Grâce aux annotations manuscrites portées sans vergogne par le lecteur érudit, nous voyons vivre le texte, puisque certains n’hésitent pas à corriger le texte (latin ou grec) en suggérant des leçons différentes, des améliorations pour une meilleure compréhension. Les éditions scientifiques modernes tiennent compte de ces lectures humanistes qui sont le fait d’érudits maîtrisant les langues anciennes bien mieux que nous et qui peuvent être très éclairantes.

 

Même pour ceux qui ne connaissent pas bien ou pas du tout, ni le latin, ni le grec, ces éditions humanistes peuvent apporter un témoignage important car ils sont les symboles de ce tournant, on peut même dire de cette révolution intellectuelle.  Ils méritent d’être montrés, expliqués au grand public pour lui faire prendre conscience des « leçons de l’histoire ». Les grands bouleversements des XVe et XVIe siècles ont eu d’énormes répercussions sur la pensée moderne. Le mouvement littéraire humaniste a fini par développer l’esprit critique qui fonde les sciences, annonce d’une certaine façon le Siècle des Lumières et ressemble à celui de notre époque. Dans un temps de bouleversements, de grandes découvertes et de remise en cause des idées reçues, les humanistes trouvaient dans les textes anciens une continuité et une actualité qu’ils peuvent partager avec les hommes et les femmes du XXIe siècle.

 

                         Marie Laure FREYBURGER

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