Académie d'Alsace des Sciences, Lettres et Arts
 Académie d'Alsacedes Sciences, Lettres et Arts  

L’influence de l’humanisme rhénan dans la peinture du XVIe siècle

Franziska Drareg

 

L’humanisme rhénan se caractérise par la reprise de l’étude des textes anciens et par la recherche d’un équilibre entre raison et foi.

Dans le Rhin supérieur il trouve son origine à Bâle où séjourna Erasme et gagne rapidement Strasbourg, Sélestat. Cet humanisme ne se limitait pas à une approche consciente et systématique des textes, il bouleverse l’échelle des valeurs et crée de nouveaux idéaux.
La richesse économique du Rhin supérieur favorise la création.
Humanistes, philosophes, théologiens et artistes se côtoient et les éditeurs, grâce à l’imprimerie, permettent la diffusion rapide des textes.
En effet, le livre imprimé connaît un extraordinaire essor et, relayé par la gravure, le livre illustré a un succès grandissant.
Des centres intellectuels très actifs se développent le long du Rhin, en particulier à Cologne et Heidelberg. On redécouvre la culture antique, l’étude de la théologie, les connaissances encyclopédiques.
A cette époque il y a eu un énorme bouleversement dû à la Réforme avec Martin Luther qui donne naissance en Europe aux églises protestantes.
Martin Luther est né en 1483, c’est un moine augustin, docteur en théologie.Il enseigne les épîtres de Paul à l’université de Wittenberg. En 1515 il s’élève contre le trafic des indulgences papales et la corruption de l’Église Catholique. Il écrit plusieurs manifestes où il revendique la séparation avec Rome. Il traduit la Bible en allemand et prône la liberté du chrétien et ultime rébellion, il se marie.

Avec la Réforme éclate une passion religieuse neuve qui retourne à l’authenticité d’un christianisme primitif.

Avant la Réforme, les peintres recevaient des commandes à thème religieux. Avec la Réforme des collectionneurs issus de la bourgeoisie deviennent de nouveaux commanditaires.
Les princes de Saxe, protecteurs de Luther, commandent également de nombreux portraits et des tableaux à thèmes mythologiques.

La grande figure de cette époque : Albrecht Dürer 1471-1528.
Bien qu’étant natif de Nuremberg, il fait un tour de compagnon par Bâle, Colmar et Strasbourg. C’est à Strasbourg, en 1493 qu’il conçoit le premier auto-portrait dans l’art occidental. ( auto-portrait à la fleur de panicaut)
Le paysage devient aussi un thème de composition qui ne sert plus seulement d’arrière plan à la toile. Un autre thème fondamental à son œuvre est Adam  et Eve au paradis ( 1504). Dürer a peint le premier tableau de nus en grandeur nature de la peinture allemande.
Un autre thème cher aux humanistes de l’époque est d’étudier les lois qui régissent la beauté des formes, accentuer les effets d’ombre et de lumière. Le peintre essaie de découvrir le vrai visage de l’âme et le caractère d’une personne à travers son portrait. Dürer a émis des théories sur les proportions du corps humain, sur la géométrie, l’architecture..
Jérôme Bosch 1450-1516 : son œuvre étrange a suscité un réel engouement dans le milieu aristocratique influencé par l’humanisme. Il peint les hommes avec un réalisme effrayant, tels qu’ils sont « dedans » : des monstres. Il décrit les inquiétantes visions d’un monde infernal, déjà sur terre.
Il deviendra l’artiste préféré du roi d’Espagne Philippe II.
Mathias Grünenwald 1470-1528 : il réside à Colmar et domine les artistes allemands contemporains et pourtant on ne connaît pas grand-chose de sa vie.
Le retable d’Issenheim peint en 1510 est peut être la peinture religieuse la plus bouleversante. Tous les effets sont portés à l’extrême. Commandé par les moines des Antonins à Issenheim, cet ordre hospitalier soigne la maladie de l’ergot de seigle qui est appelée «  le mal des ardents ». Elle est redoutée comme la peste. A l’époque on l’attribue aux manigances des démons. Elle entraîne des douleurs hallucinantes et des gangrènes des membres qui doivent être amputés. Grünenwald se serait inspiré de cette maladie pour restituer le réalisme terrible du corps en putréfaction du Christ.
C’est un exceptionnel coloriste qui préparait lui-même ses couleurs .
Lucas Cranach le vieux 1472-1558 : il vécut en saxe et il est nommé le peintre officiel de la Réforme. Il a peint plusieurs portraits de Luther, très connus.
Hans Baldung né en 1480 à Weyersheim, surnommé Grien car il s’habillait toujours en vert.
Disciple de Dürer, il vécut à Strasbourg.
Ses thèmes favoris :
Le thème médiéval ( « danse de la mort » « la jeune fille est la mort ») dans ces représentations beaucoup de peintures de femmes nues.
Le thème du portrait ( portraits très réalistes de princes, de Luther)
Le thème des vanités ( ce sont des natures mortes ayant une signification plus élevée en y ajoutant le thème des vanités des choses de ce monde ; un crâne humain..)

Ce thème a été repris au siècle suivant avec une grande virtuosité par Sébastien Stoskopff qui avait écrit sur une de ses vanités :
« Art, richesse, puissance et audace meurent
Du monde et de ses œuvres rien ne demeure
Après ce temps, viendra l’Éternité
Oh fous ! Fuyez la vanité. »


En conclusion : L’Humanisme et la Réforme ont bouleversé l’échelle des valeurs et donnent un nouvel élan à la peinture en la délivrant du carcan religieux, la création y retrouve la liberté.

 

 

Membre de l'Académie d'Alsace, Franziska Drareg expose ses peintures depuis une dizaine d’années.
Elle a également écrit deux recueils de poésies : « La Vallée des Murmures » et « Les Neiges d’Antan » ; ainsi qu’un roman « Elle est partie, enfin seul ! »
Ses peintures sont parfois reliées à des poèmes. La poésie soulage le cœur, quelques mots entrecoupés de longs silences ; la peinture remplace le mot par la vibration des couleurs et des sensations.

 

 

Actualités

des membres : événements à venir

(pour les activités échues, voir la page correspondante)

 

 

14 mai, conférence de Marie-Laure de Cazotte : Littérature et psychanalyse

Rencontre avec notre consœur Marie-Laure de Cazotte à l’occasion de la parution de « Mon nom est Otto Gross » (Albin Michel), roman biographique sur un médecin autrichien au destin fantasque et tragique, un des pionniers de la psychanalyse.

Librairie Kleber, Strasbourg.

 

Jeudi 17 mai : Conférence de
Georges Bischoff

Organisée par les Amis de la Bibliothèque Humaniste. A 18 h 30 à L’Évasion-Espace d’échanges culturels, 1 rue du Tabac à Sélestat

Le siècle de Gutenberg, Strasbourg et la révolution du Livre, La Nuée Bleue, 2018, 358 p.

 

24 mai, Conférence de Gabriel Braeuner

Les Amis d’Edmond Gerrer, en collaboration avec la Société d’histoire et d’archéologie de Colmar et les Amis de la Bibliothèque de Colmar ont le plaisir de vous inviter à la conférence publique.

Érasme de Rotterdam et Beatus Rhenanus de Sélestat, une amitié rhénane !

A 18 heures, au Pole média culture Edmond Gerrer, place du 2 février à Colmar

 

 

28 mai 2018 : Séminaire de gastronomie moléculaire par Hervé This

Renseignements à icmg@agroparistech.fr

 

 

31 mai et 1er juin, Collogue avec la participation d'Isabelle Haeberlin

Epices, école de cuisine
Institut de formation au travail éducatif et socia, l'
Université de Haute Alsace

1èresrencontres « Cuisine - Éducation - Insertion »
« Les cuisines en partage »

Jeudi 31 mai & vendredi 1er juin 2018

 

1er juin 2018, Concours international de cuisine note à note, organisé par Hervé This

A AgroParisTech (Paris), le Centre international de gastronomie moléculaire organiser le 6e Concours international de cuisine note  à note

 

 

Juin 2018, parution d'un livre

Gabriel Braeuner, Au cœur de l’Europe Humaniste, le génie fécond de Sélestat, photographies de Dominique Pichard, préface de Georges Bischoff, Éditions du Tourneciel, Collection l’Esprit d’un lieu, 248p. (Parution juin).

 

Un article de Jacques Streith : Aux origines des industries chimiques et pharmaceutiques dans la RegioTriRhena

Le chancelier de l’Académie d’Alsace, Jacques Streith vient de publier en ligne un passionnant article consacré à l’histoire interpénétrée des industries chimiques du Sud-Alsace depuis le XVIe siècle et de la pharmacie bâloise, en lien notamment avec l’Ecole de Chimie de Mulhouse.

suite ici

 

 

Un colloque Vin et altérité à Mulhouse

En octobre 2018

 

Michel Faure contribue à l'organisation du colloque universitaire « Le vin de l’autre » les 18 et 19 octobre à Mulhouse: une analyse pluridisciplinaire du vin, jusque dans ses déplacements et ses errances, comme vecteur d’une identité régionale.

suite ici

 

 

 

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